le cœur et la raison en politique

Entrepreneur et aspirant auteur vivant en Espagne, et pour être plus précise, dans la Sierra madrilène entre montagnes et plaines d’herbes sèches, je passe l’essentiel de mes journées dans une solitude qu’envierait un ermite hostile à toute forme de civilisation.
J’ai deux chats, certes. Mais le plus grand des deux, qui ressemble terriblement à Garfield, ne voit en moi que l’utile concierge de la porte d’entrée, quand sauter par la fenêtre lui fatigue le muscle, et la petite dernière, en fait d’amusement qu’elle réserve pour ma pomme, laisse généreusement derrière elle de vrais nuages de poils que je me dois d’aspirer régulièrement.
Bref, à l’exception notable des rendez-vous bimensuels avec ma coach (merci Krystel !) je suis pas mal sevrée en conversation intelligente.
J’en suis presque à parler tout haut, engager la conversation avec mes félins oranges et crier des imprécations aux vidéos de Youtube.

Presque ! Mais pas tout à fait.
Car dans un sursaut de résistance, j’ai pensé que redémarrer ce blog pourrait être un bon moyen pour moi de coucher une pensée privée d’oreilles complaisantes.
Il faut dire que mon Cher et Tendre rentre assez volontiers lessivé du boulot et que même si la gentillesse innée de mes enfants – absolument ! – les empêche presque tout le temps de me révéler à quel point je les saoule, je ne voudrais pas abuser trop souvent de leur indulgence. Sachons en réserver pour l’adolescence…

Youtube et blog seront donc mes modes de communication. J’écouterai l’un et m’exprimerai sur l’autre.
Car depuis l’élection de Donald Trump, j’écume assez volontiers directement les informations de là-bas et notamment les analyses comico-politiques des animateurs de talk-show.
Il faut dire qu’ils sont excellents ! Trevor Noah, Stephen Colbert, Seth Meyers – pour ne citer qu’eux – marient avec virtuosité l’humour et l’analyse politique dans un pays qui semble marcher sur la tête depuis quelque temps.

Et comme je parcours aussi volontiers les commentaires qui résident en dessous des petits films Youtube, j’ai pu noter qu’il y avait un thème qui revenait assez souvent : « mais quand est-ce que les électeurs de Trump vont arrêter de le soutenir ? »
Car oui, en dépit des multiples scandales, gaffes internationales et autres préciosités ridicules d’un président que le reste du monde considère d’un œil qui varie de vaguement perplexe à franchement amusé en passant par tous les degrés de l’inquiétude, l’électeur de Trump, soit 35% de l’Amérique, ne se désiste pas.

Et personnellement, ça ne m’étonne pas plus que ça. Non pas que je considère qu’un tiers des américains soient idiots. Non pas. Je suis convaincue que chaque pays du monde est pourvu à peu près équitablement en neurones et je ne me permettrais pas d’évaluer d’un seuil en deçà duquel il serait bon de retourner à l’école.
Mais parce que j’ai le sentiment vif que l’inconscient américain donne une place très importante au cœur. Aux émotions et à toutes les passions.
En positif, cela fait des USA le pays d’Hollywood, de Disney, du « make your dream come true » et de la chaleur humaine.
Mais d’un autre côté, cela fournit aussi des médias plutôt orientés spectacle qui vont appuyer sur tout le spectre des émotions et elles ne sont pas toutes roses bonbon : car à l’empathie viennent s’ajouter la peur et la colère.

En France, on se targue assez volontiers, depuis Voltaire et la guillotine, de garder la tête sur les épaules. La pratique ayant prouvé qu’on vit beaucoup moins bien quand elle en est séparée.
Et si je désespère régulièrement, quand je suis au pays, de la perte d’idéal, de rêve ou de foi – l’idéal républicain que nous avons en commun est évidemment une bonne chose mais il n’est pas toujours évident de pousser des petits cris de joie sur le sujet – c’est parce que je le relie directement à notre difficulté commune à être heureux. Et ce, en dépit d’une culture riche en sauces, en monuments et en artistes.
Cela nous pourvoit de fait un inconscient collectif nettement plus analytique, à tendance cynique et dur. Comme j’aimerais qu’à l’école de la République, plutôt que de tancer les imperfections, on enseigne aux enfants à poursuivre leurs rêves ! Le renforcement positif plutôt que les velléités mal contrôlées de retour à la blouse grise !
J’ai du reste écrit un petit livre sur le lien entre rêve et bonheur et puisque je crois à la force du vœu, je fais ici celui qu’il soit un jour utilisé comme matériel de classe. Apprendre à être heureux devrait faire partie du programme.

Oui, je pleure sur la perte de merveilleux dans nos contrées gauloises (les fées ont dû toutes se barrer en Suède depuis longtemps) mais il faut admettre en point positif qu’il est difficile de se laisser aller à la passion la plus aveugle en regardant nos informations. Nous savons en général raison garder.
C’est assez ironique, quand on y pense, que les anglo-saxons nous croient massivement romantiques et prompts au débordement affectueux quand les seules émotions réellement encouragées – surtout pour un homme qui veuille être reconnu comme tel – sont, il me semble, celles que l’on laisse enfin déborder pendant la coupe de football. Rhaaaa que ça fait du bien.
Car oui, amis d’outre Manche et d’outre Atlantique, ne vous fiez pas à notre façon de nous embrasser apparemment à qui mieux mieux. La courtoisie, ce qui est considéré ici comme tel, ce n’est pas le sentiment. C’en est au contraire le gardien es-débordements.
Je suis bien placée pour le savoir.

Et il me semble que la grande différence de l’électeur de Trump par rapport à celui d’un candidat français – il y a bien sûr des exceptions en France, mais je ne voudrais surtout viser personne, sachons rester vivant – est qu’il est émotionnellement engagé.
Aidé en cela par la vision d’un cinéma, pourtant plus volontiers à gauche politiquement, qui représente l’homme fort d’aujourd’hui à l’image du cow-boy d’antan. Époque bénie du Far-West où un homme était un homme, où John Wayne ne se serait jamais permis d’avoir une grippe, où prévalait la loi du plus fort, où chacun portait ostensiblement son flingue, où les méchants étaient clairement définis – en général ils portaient des plumes -, où Dieu et le Bien était de votre côté, et ce, avouez que c’est commode, quelques soient vos actions, où la nature était encore et toujours un infini de prairies à conquérir, trop vaste pour pouvoir être pollué et où le rêve de l’Eldorado était accessible, pépites dans le ruisseau, torrent de pétrole ou bien troupeau.

Une partie de l’électorat américain est ainsi baignée généreusement dans cette image de conquête de l’Ouest et de supériorité sur la nature, la morale, son prochain, et le monde, par certains médias qui trouvent un intérêt financier à berner les masses et seraient considérés partout ailleurs comme de la propagande.
Et par des figures religieuses qui considèrent que leur devoir de doux berger passe aussi par une ferme indication sur la façon correcte de voter. Au commencement était le bulletin.
Il ne faut donc plus s’étonner si l’électeur de Trump a envie de croire que son poulain va rendre le charbon propre, transformer l’eau en vin et multiplier les petits pains !
Il y croira dur comme fer le plus longtemps qu’il pourra.
C’est comme ça.

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