Ma-ah-ah vie

les coulisses

28 septembre 2017

On vit essentiellement dans un monde d’image.
Ouch, et là je plonge direct et sans sommation dans le grand bain de la réflexion profonde.

Mais c’est une réflexion unilatéralement partagée : on vit vraiment dans un monde d’image, et ça, tu le sais déjà.
Jadis, il était une fois, à l’époque où nous visions dans des grottes sans réseaux sociaux ni blogs, cette obsession de l’image était réservée aux experts de la communication et plus particulièrement au monde du luxe.
J’ai travaillé dans la mode, et je peux te garantir que le pas mesuré et sereinement arrogant des mannequins qui défilent sur les podiums ne reflète en rien le bordel hystérique qui règne en coulisses. Imagine la frénésie d’un jour de soldes aux galeries Foirfouilles quand les clientes n’auraient pas dormi, presque pas mangé et croiraient intimement qu’elles jouent leur vie sur l’achat d’un dernier pantalon. Tu le tiens ?
Multiplie par dix et ajoute la furie de la bande son…

Il n’y a pareillement aucune comparaison possible entre ce que j’ai lu dans les magazines sur certaines célébrités de la mode et ce que j’en savais de leur quotidien.
On a parfois du mal à faire le lien entre le poète éthéré épris de magie et de beauté, un être irréel de féérie et de nécessaire bonté et le créateur échevelé et hystérique qui va traiter une stagiaire en larmes de « grosse vache » en lui expliquant qu’elle peut bien sauter un repas pour le bien de la cause : la sienne.
Bien sûr, cette anecdote en particulier n’est que pure fiction et toute ressemblance avec un créateur de mode pour lequel j’ai travaillé ne serait que pure coïncidence !

Il y a donc toujours eu des pros de l’image depuis l’invention du dessin et des grottes de Lascaux où le peintre primitif s’est bien gardé de représenter ceux de ses contemporains plus généreusement pourvus en neurones qui préféraient se cacher derrière un gros caillou plutôt que d’aller intrépidement chasser l’auroch avec ce qui ressemblait à un coton-tige en un peu plus grand. Et à en croire mes enfants, je sais de quoi je parle puisque je suis assez âgée pour avoir été draguée par Mathusalem. Dans ta face, l’ancêtre.
Ce qui est nouveau, ceci dit, c’est que chacun d’entre nous peut s’adonner au plaisir sans fin de peaufiner sa propre image. Un atout, au cas fortuit où la vraie vie ne nous satisferait pas tout à fait.

Qui n’a pas au moins un ami Facebook qui publie inlassablement des photos dignes de National Geographic : « moi bronzé sur la plage de Bora Bora, mon mari et moi avec une coupe de champagne dans une piscine à débordement juste au dessus de vignes Toscanes, mes magnifiques enfants en train de s’ébattre dans un lagon »…
Et c’est logique !
Personne n’a envie de montrer l’autre facette de cette vie-là où l’intéressée pleure de frustration devant la trentième machine à laver la vaisselle du mois, cuve sa troisième gastro de l’hiver, hurle pour la centième fois en cinq minutes sur ses gosses d’aller se laver les dents, découvre une ride de plus sur son pif, et une autre verrue sur le pied de sa fille ou rougit de sueur en courant en rond autour du quartier pour perdre un peu des bourrelets de sa dernière grossesse, en espérant qu’elle ne croise personne qu’elle connaît.
Et là encore, toute ressemblance…

Non, il y a ce qu’on montre et il y a ce qu’on garde pour soi.

Mais ce n’est pas sans effet secondaire pour celui qui est confronté à notre réalité améliorée.

Par exemple, un exemple purement au hasard, j’ai écrit un petit livre sur le bonheur.
Et il serait possible qu’un éventuel lecteur s’en sente quelque peu complexé. Ce n’est pas l’objectif, je préfèrerais croire que j’aide mon prochain. Mais c’est possible : dans le même genre que je bave parfois d’envie sur la vie de certains de mes amis qui semble se dérouler sur les plus belles plages du monde, on pourrait en déduire de façon tout à fait erronée, à travers mes écrits, que je pinsonne de joie tout au long de ma journée et s’en trouver comparativement déficient.
Ah ah. Halte là !
D’abord parce que pour avoir acquis un minimum de sagesse, j’ai dû traverser une sacrée bonne trombe d’emmerdes : je suis convaincue d’ailleurs que si la vie nous a avant tout été donnée pour nous permettre d’en apprendre, les épreuves y sont un cours accéléré.
Et que ce n’est pas un hasard si je pourvois la petite fille du bouquin que j’ai écrit d’un bracelet qui fait gling gling pour qu’elle n’oublie pas les leçons qu’elle a ramenées de la forêt. Les cinq secrets que j’y ai mis sont un idéal, une discipline personnelle, quelque chose que je dois régulièrement me rappeler.

Des images ou des textes ont donc en commun, je crois, cette faculté pernicieuse de nous faire parfois sentir insuffisants.
Car si la perfection a l’air de tomber sur les autres comme la manne sur le voyageur égaré, pourquoi est-ce que je marinerais encore dans les doutes, les défauts et le merdier sinon parce que je m’y prends comme un pied ?

Je suis d’autant mieux placée pour parler de cette ambiguïté que je publie aussi dans un blog de créations. Et le premier conseil que j’ai lu avant de me lancer, c’est de ne surtout pas se comparer. Sinon, on est tellement vite complexé ou découragé qu’on arrête avant même d’avoir commencé.

Un blog de créations, c’est fait pour donner envie de faire pareil, non ? Pour faire rêver ?

Et je ne vais peut-être pas donner envie de faire le bracelet dont la photo est juste au dessus, si j’explique que j’ai ramé comme une galérienne pour agrandir les trous des perles pour y faire passer le fil en coton ciré ? Pesté et juré comme un charretier ?
Que j’ai recommencé trois fois le premier bracelet parce que je m’étais planté dans l’ordre des perles ? Que les fois suivantes j’ai oublié la clochette ?
Que mes deux premiers bracelets enfin terminés se sont lentement délités parce que je n’avais pas voulu les coller ? Que la fois d’après, je me suis mis de la colle plein les doigts avant de réaliser que du vernis transparent serait plus approprié ? Que dans un monde parfait, mon fils aurait pleuré de bonheur d’avoir une maman qui lui a offert un si joli bracelet au lieu de laisser traîner ce qui en reste (c’est un de ceux qui n’était pas collé) dans les paillettes de nourriture pour poisson près de son aquarium ?
(D’ailleurs, ça les laisse toujours perplexes, mes enfants, quand une adulte leur dit qu’ils ont de la chance d’avoir une mère qui fait tout ça : comme tous les enfants heureusement protégés des horreurs du monde, ils sont blasés sur ce qu’ils ont et ont tendance à râler sur ce qu’ils n’ont pas. « Comment, on ne pourra pas fêter Halloween cette année ? Quoi ! Horreur sans nom ! Atteinte à mes droits ! »)

Au final, en parlant d’enfants, j’ai décidé de sous-traiter le bouzin à ma fille de dix ans en y annexant son argent de poche du mois dans un effort hypocrite d’en faire un projet éducatif.
Mais est-ce que je peux écrire tout ça sur mon blog créatif ?

Je ne crois pas : en dépit de l’apparition ça et là d’une aspiration de retour au naturel, ce n’est pas encore vraiment la tendance.
Aussi, pour les coulisses de ma vie chaotique, imparfaite, chargée en hauts et en bas mais que j’aime la plupart du temps comme ça, tu pourras toujours venir faire un petit tour par là…

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1 Comment

  • Reply le bracelet de la princesse Lila-Neige | isXla 29 septembre 2017 at 13:21

    […] J’ai utilisé le mode d’emploi du petit livre « Shamballas ou bracelets tibétains ». Et oui, je sais que j’avais promis de publier le DIY – honte honte honte -, et j’envisage même d’en faire mon premier film Youtube. Mais le temps presse, me file dans les doigts, me manque ! Je vais donc juste te conseiller d’utiliser plutôt du vernis incolore que de la colle liquide pour finir le bracelet (je m’en suis mis plein les doigts !). Et si tu veux en savoir un peu plus sur les coulisses, tu peux aller jeter un coup d’œil par là… […]

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