Mon pédiatre et la finance

Avertissement préalable autant que nécessaire : je me rends compte que cela fait un certain temps que je me plains à longueur de lignes, de la difficulté d’élever des enfants. Mon propos est bien évidemment de mettre en avant les difficultés du boulot de parent, difficultés que je n’avais jamais envisagées aussi grandes avant d’être plongée, sans réelle sommation ni formation, dans le grand bain. À moins qu’on ne considère comme formation, les deux minutes que prend la sage femme à la maternité pour vous expliquer comment on colle une couche. Mais je tiens à préciser toutefois, que, comme la possible écrasante majorité de mes concitoyens, je suis bien évidemment convaincue de ce que mes rejetons sont les futures treizièmes et quatorzièmes merveilles du monde, respectivement. En tout cas, avec leur coopération plus ou moins active, je m’y emploie…

Et après quelques déboires à notre arrivée sur Poissy avec un binôme de pédiatres qui a refusé, en dépit de son serment d’Hippocrate, de prendre en urgence mon bébé en consultation sous prétexte que nous étions des nouveaux patients (le fait que nous débarquions d’Argentine et disposés à devenir des patients fidèles et reconnaissants n’a rien changé à l’équation mercantile), nous avons finalement trouvé un adorable pédiatre près de chez nous.
Homéopathe et prescrivant des suppositoires aux huiles essentielles.
« Ah ouaiiiiiiiiiiiis » dit mon fils de vingt mois quand il voit le petit missile à l’eucalyptus, et ça laisse le Jules assez perplexe.

Homéopathie

Heureuse maman d’une princesse magique et d’un viking malicieux.

Mais alors que ce même fils, qui aime qu’on lui rafraîchisse les fesses, parcourait avec énergie et détermination le cabinet de consultation du gentil docteur, j’en profitais pour demander au médecin s’il n’avait pas l’impression que les enfants étaient aujourd’hui beaucoup plus difficiles à éduquer qu’avant.
Réponse du praticien qui est aussi grand-père : « que oui ! et j’aime encore mieux être à ma place qu’à la vôtre ! ». Et de citer la perte des valeurs au quotidien, l’hyper-stimulation, notamment de la télévision et des jeux vidéo, et l’omniprésence de la société de consommation.

Et en ce qui me concerne, j’aimerais rajouter à ces facteurs pernicieux une valeur plus ou moins impalpable qui, à mon avis, a au moins autant d’impact : je veux parler de l’inconscient collectif, cher a monsieur Jung. Qu’il pèse sur nos petits de loin ou qu’il se manifeste plus directement et plus consciemment via nos discours de parents.

Quand nos arrières grand-parents élevaient nos grands-parents, ils leur expliquaient que qui vole une pomme se retrouve vite à défricher de la forêt vierge à Cayenne. Rude mais simple et aisément compréhensible, surtout pour qui n’aime pas les moustiques.
Alors qu’aujourd’hui, quand nos amis de la finance volent des millions de façon plus ou moins légale mais sans jamais aucun scrupule, ils s’achètent une jolie maison à Notting Hill ou se font creuser une piscine en s’inquiétant de moins en moins puisque l’expérience leur prouve que ce seront les banques d’État qui reboucheront le trou, monétaire celui là. Appauvrissant du même coup les millions de cons honnêtes qui n’ont pas encore perdu le sens des réalités.
Moralité : de nos jours, autant voler un bœuf.

Et donc, merci à mon ami trader de me faciliter la pédagogie. De me mettre sur le fil tendu permanent d’avoir à apprendre à mes enfants la force de la justice, du droit et de la morale, sans pour autant en faire des moutons bons pour la tonte.
Sans doute ce qu’à la City on appelle un challenge…

2 réponses sur “ Mon pédiatre et la finance ”
  1. @Michel : ça me fait penser à une petite blague que j’avais vue dans un bouquin de l’Étudiant sur la formation commerciale, formation que j’ai finalement choisie, du reste. Comprenne qui voudra…

    Un papa à son fils : "que serais-tu prêt à faire, fils, pour entrer en École de Commerce ?"

    Le fils : "je tuerais père et mère"

    Réponse du père : "c’est bien, fils, tu as l’étoffe"

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