Il était une foi

Mon mec (un geek incurable !) vient de me faire découvrir un site très sympa qui adore les graphiques humoristiques : I love charts, le bien nommé.

Et je vous mets ici, juste après, celui sur la définition de chaque couple avec l’Amour en abscisse et le Sexe en ordonnées.
Dixit mon geekounet, on se retrouverait plutôt dans la zone « Amour platonique, sauf après un verre ».
Si vous voulez mon avis, les hommes sont des éternels insatisfaits de la Chose.
Et j’aimerais bien que mon jules arrête d’essayer de me saouler à la bière au moindre prétexte venu…

Relationships, a guide (c) http://www.smbc-comics.com

Mais tel n’est pas mon propos, et le graphe qui m’intéresse tout particulièrement est celui qui relie la foi et la science. Comme quoi la foi vacillerait à mesure que croît l’éducation scientifique.

Certes, vous me direz, c’est un graphe humoristique. Mais il reflète par trop une croyance largement partagée. Surtout en France où il est de bon ton, pour paraître intelligent, de se la jouer cynique et désabusé. Ça ne date pas d’hier, n’en déplaise à la République Laïque, et les aristocrates, si je ne m’abuse, bouffaient déjà du curé sous Louis XVI, et même autre chose sous Louis XV, à la joyeuse époque du libertinage sans contraintes. Cela faisait déjà un certain temps que le « Pour Dieu et pour le Roi » de l’époque des débuts sonnait un tantinet ringard.

Scientific education vs Belief in a higher power (c) http://www.smbc-comics.com

Mais si je vous dis tout ça, c’est que je me sens un tout petit peu concernée et vexée par le graphe ci dessus : je crois en un « Pouvoir Supérieur » qui ne serait pas la télévision, et j’ai la prétention de ne pas me penser complètement crétine.
Du moins, pas tout le temps (comme tout le monde, j’ai mes bons et mes mauvais jours…).

Et ce petit graphe innocent me broute donc sérieusement (que mon sournois mari n’y voie aucune allusion malvenue, surtout suite à mon aparté sur Louis le quinzième…).
Comme si ce n’était pas Albert Einstein qui avait dit : « Dieu ne joue pas aux dés » ?
Et ça me broute tout pareil, quand on oppose philosophie et religion (que mon mari n’y voie…).
Comme si Pascal n’était pas croyant.

Et que je ne comprends pas pourquoi le fait de pouvoir expliquer ou « équationner » les choses les rend moins magiques ou moins dignes d’avoir été inventées par une force supérieure.
Dieu connaît évidemment les maths.
Et si Newton a découvert la gravité, elle ne m’en paraît pas moins hallucinante : vous avouerez que c’est quand même bien pensé et que sans elle, ce serait beaucoup moins agréable de prendre un bain…
Paradoxalement, j’ai tendance à penser que cette opposition entre science et religion est essentiellement à porter au débit du pouvoir catholique, à l’époque où il avait droit de vie et surtout de mort sur son paroissien (l’amour du prochain impliquant à l’époque le devoir de lui abréger la souffrance de la vie sur Terre).
Le pouvoir religieux d’alors, ayant plus à voir avec le pouvoir qu’avec le religieux, a dû penser qu’en maintenant le bon peuple dans l’ignorance, il lui facilitait la digestion tout en s’en facilitant la manipulation. Double effet « kiss cool ».
D’où l’usage à toutes les sauces du mot « Mystères » : de la foi, de la Cène, du revenu de l’Église,…
Et une violente méfiance de tout ce qui pouvait en relever le voile.

Ce qui me fait penser (je pense un peu trop aujourd’hui, m’est avis que je vais bien dormir ce soir), qu’en fait, ce sont les autorités religieuses de l’époque qui ont manqué de foi.
Parce ce que je vous le demande : qu’est ce ça peut bien foutre que le Créateur ait choisi de faire la terre plate, carrée, octogonale ou en forme de banane ?

Et ce que je constate moi, depuis mon petit moi, c’est que plus la science avance, plus elle devient étonnante, et oui, j’oserais le dire plus elle devient « magique ».
Incroyable, vous ne trouvez pas, cette relativité du temps et de la matière ?

Et que je ne doute pas, contrairement aux papes du Moyen-Âge, qu’au bout du bout de toutes ses équations, la science se réconciliera enfin officiellement avec Dieu.
Ce qui ne fera ni chaud ni froid à ceux qui, comme moi, ont la foi, puisque la grande force de la foi sur la science, c’est justement qu’elle n’a besoin d’aucune démonstration. Elle est, tout simplement. Quand j’y songe, c’est peut-être ce qui agace par ailleurs certains scientifiques et leur donne l’envie de la taxer de naïveté.
Jaloux, va.

En attendant et, comme je continue à bouffer du Deniau à haute dose, je ne résiste pas au plaisir d’une « petite » citation finale sur le sujet, tirée du livre « l’Atlantique est mon désert ». Dans ladite citation, j’apprécie tout particulièrement l’ironie du « Dieu merci » :
(et vous promets de revenir très vite à mon bref séjour en Patagonie du Sud, moi aussi, les sujets sérieux, ça me fatigue le cortex…)

« Aucune science, Dieu merci, n’est totalement exacte. Cette notion très XIXe siècle de « science exacte » est aujourd’hui dépassée (depuis les relations d’indétermination de Heisenberg) et qu’il s’agisse de mathématiques ou de littérature, de biologie ou de sociologie, de chimie ou d’histoire, il n’y a plus que des sciences plus ou moins approchées. Rien n’est aussi poétique que le langage actuel de l’astronomie la plus avancée. Les mesures du télescope spatial Hubble n’arrêtent pas de remettre en cause les théories établies en posant des questions irrespectueuses telles que : des étoiles peuvent-elles être plus vieilles que l’univers ? On attend aussi les réponses sur la « matière noire » ou les « maladies » des systèmes solaires. En physique de l’infiniment petit, depuis l’atome défini par les penseurs grecs il y a vingt-cinq siècles, douze particules « subatomiques » sont actuellement répertoriées. Elles répondent pour six d’entre elles, les leptons, aux noms d’électron, neutrino, électron, muon, neutrino muon, tau et neutrino tau ; et six, les quarks, aux doux noms de bas, haut, étrange, charme, beauté et top. Existe-t-il plus subtil mélange de la sécheresse scientifique et de la plus romantique tendresse ? Il est rappelé par ailleurs qu’il est possible de connaître la température de la naissance des galaxies les plus lointaines, mais pas le temps qu’il fera dans quinze jours à l’est d’une ligne Bordeaux-Belfort. »

Post Scriptum pour les courageux qui seront arrivés jusque là : vous avez remarqué toutes mes allusions sur la nourriture ou sur la façon de la manger dans le texte ?
Après tout, de foi à foie, il n’y a qu’un tout petit « e » !

2 réponses sur “ Il était une foi ”
  1. J’adhère totalement !!! (sauf que j’ai pas bien compris ce que tu mangeais à longueur de temps…. Je demanderais à ta moitié… ;oD)
    Amen donc.

  2. Pour l’anecdote, je précise que la moitié de ma sœur a travaillé au CNRS.
    Une belle réconciliation de la foi et de la science !
    Yoooooooooooooo sister !!

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