l’extrême danger des illusions

Le mal commence avec le mensonge.

Et si les manipulateurs sont extrêmement doués pour maquiller la réalité, porter des masques, créer des réalités alternatives, et vivre, en fait, dans un monde d’ombre…

Il est nécessaire que nous, personnes de bien, sachions être lucides.
Même lorsque la réalité n’est pas agréable.

Car c’est notre tort, souvent, que d’aider les manipulateurs à nous enfumer, pour de généreuses raison.
Parce que l’on aime, par compréhension ou empathie mal placée en une personne qui ne fonctionne pas comme nous.

J’ai vécu dans une illusion familiale pendant plus de vingt ans. Avec des bombes de réalité qui continuent encore à m’exploser régulièrement à la figure.

La lucidité est souvent une pilule amère.
Mais il nous faut l’avaler à doses régulières pour ne pas finir par succomber sous le poids des manipulations.

Par exemple, j’ai commencé à suivre avec beaucoup d’attention les actualités des États-Unis quand Trump a été élu. Parce que j’ai immédiatement identifié, comme beaucoup d’ex-victimes, son profil comme sociopathique.
Et que je me suis demandé comment ce pays pourrait survivre à un tel assaut sur sa démocratie.

Dès le début, j’ai cru en la force de caractère d’une grande partie des Américains pour faire vivre la résistance.
Je ne suis pas sûre qu’il y aurait autant de gens disposés à se battre en Europe où l’esprit démocratique et les institutions sont attaqués plus subtilement.

Et je crois que les États-Unis, revenus du pire, ramenés au meilleur de leurs idéaux, sauront nous prouver leur résilience.

Il est visible que tout un pan de leur électorat, nourri par une intense désinformation de manipulateurs dans les médias, les églises évangélistes ou les réseaux sociaux a créé une réalité alternative dont il est devenu presque impossible de revenir.

Mais quand, après les dégâts d’un système électoral défaillant et d’une sédition qui a envoyé, de par le monde, des images de leur Capitole assailli par une foule furieuse de nazis, je vois encore et encore des journalistes et analystes, qui, pour s’étonner des dégâts, tiennent des propos se résumant à « comment est-ce possible, dans la meilleure démocratie du monde ? », je me dis aussi que les extrémistes de droite ne sont pas les seuls à vivre dans une dangereuse illusion.

Car c’est cette illusion, cette fois romancée par Hollywood, des millionnaires intéressés à ce qu’un maximum de personnes reste dans sa bulle rose et des élites qui s’y sentent bien, qui a maintenu bon nombre de gens dans un contentement placide et une autosatisfaction réconfortante, quand les problèmes graves et les Wisigoths s’accumulaient aux portes. L’un d’eux a même sorti récemment son casque à poils et à cornes.

Car sans réfléchir beaucoup, je pourrais citer comme soucis de ce beau pays où j’ai étudié pendant un trop court semestre :
– un collège électoral qui favorise les états ruraux et les ex-états confédérés et qui a permis à tous les derniers présidents républicains d’être élus avec moins de voix que leur adversaire.
– un problème de drogue endémique encouragé par certains groupes pharmaceutiques qui en ont fait leurs choux gras, sauce caviar.
– un racisme de la police qui jouit là-bas d’une telle impunité que ses agents se croient le droit de tuer et le font, sans conséquence.
– une oppression des minorités assez effrayante et une politique de l’immigration qui enfreint depuis quelque temps les droits de l’homme et de l’enfant.
– un capitalisme psychopathe caché derrière une fausse liberté, en réalité, l’oppression d’une majorité, et derrière un rêve américain brandi comme un mirage de plus en plus inaccessible à mesure que ceux qui sont arrivés au sommet dynamitent les rampes d’accès. Et pour que le bon vieux retour au Moyen-Age soit complet, ces millionnaires, pas idiots, se construisent des maisons dans des propriétés gardées ou des bunkers et se prévoient des portes de sortie au vert, en général en Nouvelle Zélande.
Pendant que les américains de classe moyenne doivent cumuler deux ou trois boulots pour survivre, certains enseignants terminant leur journée, après la classe, derrière le comptoir d’un fast-food.
– une éducation qui coule, justement, avec des écoles élitistes qui semblent de plus en plus se contenter de distribuer des diplômes dorés sur tranche aux gosses de riche, et une éducation publique dans les bâtiments de laquelle, certains profs doivent fournir le matériel scolaire à leurs frais (et vendre encore plus de hamburger ?) et se battre contre les rats.
– des infrastructures qui s’écroulent et des centre villes qui se transforment, la nuit tombée, en une série sur les zombies.
– la quasi absence de protection du consommateur et de protection écologique, remplacée presque exclusivement par des actions civiles au tribunal après que les dégâts aient déjà été faits, qui permet aux gens d’être – entre autres -, gavés au sirop de maïs. ou littéralement empoisonnés par l’eau.
– des sectes cachées sous le manteau de la religion, qui ne paient même pas d’impôts. Ce qui est commode pour tous ces leaders qui pensent que la possession d’un jet privé fait partie du droit le plus élémentaire du missionnaire.
– une liberté d’expression sans garde-fous (au sens propre) qui a permis la création d’une réalité alternative, souvent violente, où réside maintenant une bonne part de la population.
– le plus fort taux d’emprisonnement et la peine de mort.
– pas d’assurance santé automatique et des personnes qui doivent, comme au bon vieux temps de Robin des Bois, choisir entre la bourse et la vie. Pas non plus de congé maternité, ou maladie. La foi est sensée y pallier, ce qui explique sans doute, maintenant que j’y pense, l’extrême richesses des cultes.
– pendant que la plus grande armée du monde pompe une immense part du budget et va mener des guerres illégales.

Quand on lit cette liste au débotté, on pense plus à Rome du temps de sa décadence qu’à Rome au temps de sa splendeur.

Et il est tristement logique que les États-Unis aient élu une famille de Borgia.

Mais de plus en plus d’Américains se réveillent de leurs illusions (merci Bernie Sanders !) et, parce qu’ils affrontent la dure réalité, ont enfin la chance de construire un monde meilleur.

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