Iguazu ou la relativité

Je n’aime pas l’avion. Ça m’est venu d’un coup, avec l’âge adulte.
Avant, ma nature profondément feignante s’accommodait avec plaisir du fait de rester assise un nombre incalculable d’heures et de se faire servir (en plus, quand tu es petit, tu reçois plein de cadeaux !).
L’avion me berçait en bondissant de nuage en nuage et ça me donnait l’envie de piquer un petit roupillon entre le film et le plateau repas.
Le bonheur.

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Ha si j’étais un oiseau ! (réalisé sans trucage au parc des oiseaux, Iguaçu, Brésil)

Et un beau jour, c’est mon côté profondément trouillard qui a pris le dessus à l’improviste et qui s’est mis à faire des calculs de masses, de poids et de traversabilité des-dits nuages.
Depuis, on a beau eu m’expliquer que l’avion c’est comme un grand et bel oiseau qui plane tout seul, et que le moteur ne fait que l’aider à aller dans le sens voulu, c’est drôle, ça n’a pas l’air de convaincre mes tripes.
Qui doivent être délicates.

Malheureusement, l’avion reste encore le moyen le plus rapide – et il paraît le plus sûr – d’aller d’un point à un autre, et pour avoir testé le bus argentin (un voyage épique à Bariloche !), je dirais qu’il est très certainement en théorie le plus agréable.
« Théorie », j’ai dit « théorie » ?
Voilà qui m’offre une transition habile et délicate avec mon propos sur la théorie de la relativité d’Albert Einstein…

Albert et moi, c’est sûr qu’on aurait été potes si on avait vécu à la même époque.
Parce que d’abord, je suis absolument d’accord avec ses affirmations comme quoi le temps est relatif.
C’est une absolue évidence que tout le monde a déjà testée : une heure chez le dentiste paraît s’étirer à l’infini (sauf pour les masochistes accros à la roulette) alors qu’un chocolat fondra toujours trop vite dans la bouche.
E=mc² et mon voyage pour les chutes d’Iguazu m’a paru s’étirer à l’infini.

C’est comme pour les taxis à Buenos-Aires : on a à peine le temps d’ébaucher sa prière, qu’on est déjà embarqué à toute vitesse dans un jeu vidéo grandeur nature. Et tirer comme un désespéré sur la ceinture de sécurité pendant que votre véhicule démarre au son du tango en crissant des pneus, ne vous servira pas à grand chose : la plupart du temps, il est impossible de la fermer puisque la seconde moitié a été coincée sous la banquette.
Le temps du trajet, il ne vous reste donc plus que la pensée positive et la foi. C’est d’ailleurs la meilleure – voire la seule – mesure préventive de nos amis taxis puisqu’ils ont presque tous accroché un grigri religieux à leur rétroviseur central.
Et j’ai dû serrer les poings la dernière fois que le chauffeur m’a expliqué que sa petite cloche en métal servait à appeler les anges : j’aurais bien voulu en ding-donguer quelques uns !
« Il n’y a que la foi qui sauve et les pattes pour courir » disait la grand-mère de mon mari. Et les taxis lui donnent ici raison : priez ou faites votre trajet en jogging.

Tout ça pour vous expliquer que le pilote de mon avion BA-Iguazu avait dû avoir une loooooooooongue carrière comme "taxista" (chauffeur de taxi en langage d’ici) avant de se reconvertir sur le tard dans l’aéroporté.
Et que je n’étais pas la seule à serrer les dents : ma voisine de couloir m’a offert une très intéressante et très instructive démonstration de yoga sur siège d’avion. Souplesse recommandée.

Austral MD-83 (c) Albasmalko cc-by-sa http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Austral_MD80_Esquema_de_Pintura_2007.JPG

Vous remarquerez que les moteurs sont fixés directement sur la cabine. Merci le bruit, bonjour les vibrations…

Je vous laisse juge du trajet : faux départs, décollage sur l’aile, «est ce qu’un avion peut tomber dans l’eau ? » a demandé ma fille à son père alors que nous survolions le rio à 90°, vieux McDonnell Douglas vibrant de toute sa carlingue et pour finir atterrissage en piqué avec perturbations et coupure d’électricité en simultané, qui m’a fait penser l’espace d’une minute (mais qui m’a paru une éternité, voir plus haut) que mon heure dernière était venue et qu’il me manquait la clochette pour appeler un ange. « Mesdames et messieurs, nous entrons en chute libre, des gongs tibétains vont donc tomber automatiquement du plafond. Merci de recommander Aerolineas Argentinas dans vos prières. »

Inutile de préciser que je n’étais pas spécialement enchantée de prendre l’avion du retour. Mais quand mon mari m’a proposé de rentrer seule en bus, j’ai pensé qu’il était encore plus agréable de trépasser en famille (il faudra vraiment que je raconte un jour mon voyage à Bariloche…).
Que ma famille se rassure, cependant. Le voyage du retour a été très agréable. Retardé au jour suivant après 5 heures de d’angoisse en aéroport à attendre qu’un orage se calme, mais très agréable.

Je ne saurais trop, à cette occasion, vous recommander l’agence de voyage de Martin qui s’est chargé pour nous, à 9 heures du soir, de reprogrammer notre avion, alors que le reste des passagers assaillaient en foule et avec un air méchant, l’unique employé de la compagnie incriminée.
Ce qui nous aura permis de profiter, en toute tranquillité, de la nourriture gastronomique du bar de l’aéroport…

1 reply on “ Iguazu ou la relativité ”
  1. Le MD-80 (l’avion que tu as pris) est issu du DC-9, un des avions les plus fiables au monde (et le 3ème le plus vendu).
    Certes, il est bruyant (d’ailleurs c’est ceux qu’on entend le plus lors des décollages au dessus de BsAs) mais "safe".

    Avoir peur de tomber en allant voir des chutes c’est cocasse 😉

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