Coups de corne et coups de moooouhh

recoudre le monde

5 octobre 2017

Je viens de finir une mappemonde en tissu pour le lit de mon fils. Et je ne vais pas essayer ici de me la jouer : j’ai vraiment galéré, ça m’a pris du temps et la patience, ce n’est pas mon fort.

Et pendant ces longues heures penchées sur un ouvrage, souvent, j’écoute aussi les informations : je suis pas mal accro aux chaînes américaines et aux présentateurs de talk-show humoristiques depuis que Mister Trump est arrivé au pouvoir.
D’abord, parce qu’en cas de catastrophe avérée, quand on peut, il est utile de savoir garder le sens de l’humour, ça dénoue les ulcères et ensuite, parce que j’ai le sentiment d’y voir se dérouler l’histoire.

Celle qui a tendance à tourner en boucle…
Quand j’avais vingt ans ou à peu près, le mur de Berlin tombait, et on avait enfin le sentiment que l’Histoire, celle du grand H, après avoir pas mal tâtonné, prenait enfin sa route inéluctable vers les happy endings et les lendemains qui chantent. Quel bonheur !
Vingt ans plus tard, je déchante. et j’ai l’impression de vivre en réel ce que je croyais pour toujours confiné aux livres sur notre passé commun.
Je ne sais pas pour toi mais moi, je me sens tout à coup dans ce que j’imagine de l’atmosphère des années 30, la bombe atomique en plus.
Oui, parce que la route inéluctable du progrès passe aussi par la découverte de nouvelles connaissances pour nous entretuer plus efficacement.

Je sens la haine qui gronde, la colère qui monte, le désespoir qui s’infiltre, la peur qui envahit la planète. C’est comme une immense marée noire qui surgirait de partout et simultanément.
Dans tous les pays, j’ai l’impression, on trouve une raison d’en vouloir à son prochain (quand on n’invente pas une façon cruellement sauvage de trucider un animal) : il n’est pas de la même couleur, il a plus d’argent, il ne parle pas la même langue, il n’est pas de notre île, de mon village, du même quartier…
Tout est bon pour se détester.

Ce qui me rassure, ce qui me donne espoir malgré tout, ce qui me permet d’élever mes enfants sans sangloter devant leurs yeux, c’est que toute action négative entraîne sa contre-réaction de résistance positive. C’est aussi mathématique que la poussée d’Archimède.
Partout se lèvent aussi les voix de la raison, du bien, de la foi et de la solidarité.
Ne faisons tous pas partie de la même planète ? N’est-il pas plus urgent d’enfin la prendre en considération plutôt que de s’entredéchirer à sa surface ?
Et je vais plonger là dans le grand bain du lieu commun, car oui la pluie ça mouille, et oui la guerre c’est méchant, et OUI, on a en commun d’être tous humains.

Je dis suffisamment souvent à mes enfants que si on subissait une attaque d’extra-terrestres, tout à coup, on réaliserait qu’on est tous les habitants d’une même cause.
Je ne suis pas sûre, au passage que mon usage immodéré de la guerre intergalactique soit la meilleure façon d’élever mes enfants, mais tu vois l’argument ?
On est tous des mortels, confrontés aux doutes, aux joies et aux épreuves de notre passage sur Terre.
Ce qui nous avons en commun devrait nous permettre de nous respecter les uns les autres. Et ce qui nous différencie est ce qui rend le monde si intéressant.
Tu as envie de vivre dans un monde de Schtroumpfs, toi ? Où les deux seuls qu’on arrive à réellement distinguer du regard sont celui qui a le bonnet rouge et celle qui a la perruque blonde ? Où la seule option qui nous reste pour se faire reconnaître, c’est de se coller l’outil de sa profession derrière l’oreille ?
Ce n’est pas mon cas.
Je veux mon monde chargé en différences. Et en respect de celles-ci.

Et je crois qu’il est important maintenant pour toutes les personnes de bonne volonté de s’impliquer dans ce choix-là.
Sans oublier au passage cet axiome de base (je donne décidément dans le poncif) : la colère est mauvaise conseillère. En fait, la colère, le désespoir et la peur sont mauvaises conseillères. Je ne te dis pas ça avec la supériorité de l’ermite isolé dans sa bulle de zen mais parce qu’à toutes ces émotions-là, un jour où l’autre, j’y ai goûté. Et en gourmande plus qu’en gourmet.

Et c’est aussi par expérience que je peux t’assurer en corolaire que ce trio fait de nous la proie facile des manipulateurs de tous poils.

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1 Comment

  • Reply une carte du monde en tissu | isXla 20 octobre 2017 at 17:17

    […] Je ne suis pas assez patiente pour le patchwork et j’ai donc grandement simplifié la réalisation. Pour autant, je ne te le cache pas, cela m’a pris pas mal de temps. Et pour les coulisses, tu peux aller faire un tour par là… […]

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