du flan pour les empathiques

Je suis terriblement empathique.
Et j’ai été terriblement naïve.

Collant dans chaque être humain que je croisais ma propre façon de penser, solidaire et concernée. Je savais bien sûr qu’il y avait des vrais méchants. Mais loin, dans les journaux et les romans.
Les personnes que je connaissais agissaient mal, parfois. Mais rien n’était irrémédiable. C’étaient de mauvaises actions flottant à la surface d’un bon fond.

Mais j’ai découvert vers la vingtaine que je vivais dans un château d’illusions.
Dont les remparts et les tours qui me protégeaient de la réalité se sont tous écroulés au fur et à mesure.
Et j’ai vu le marais…

Une bonne partie de nos concitoyens, un bon tiers en terre démocratique, voit le monde comme une jungle et son prochain comme un chasseur concurrent.
Gloire à celui qui rapportera la plus grosse cuisse d’auroch.
Pas de sentiment.

À l’opposé de cette façon de voir, comme toute bonne empathique qui se respecte, j’aime les bébés, les chiots et les fleurs. Et je suis abonnée à des comptes qui montrent des animaux sur Twitter.

Mais plus le temps passe, plus me tombant dessus la sagesse et le poids des ans, et plus je me demande si une bonne partie des créateurs d’histoires ne nous prendraient pas, nous les empathiques, pour des cons.
Un peu à l’image de mes proches narcissiques qui, dès qu’ils me sentent agacée, m’envoient des photos de chiot ou de planplante.

Et ce qui me faisait sangloter de bonheur avant, ces films et ces livres où le bien triomphe invariablement et où le méchant se repent, a tendance maintenant à m’agacer.
Déjà que je n’y crois plus, à cette divine remise en question du psychopathe de salon.
Et que je ne crois pas que les armées alliées auraient gagné contre les nazis en distribuant des bibles. A moins de les leur balancer dans la gueule.

Ce que je crois, au contraire, c’est qu’à partir d’une certaine négativité, au delà du simple égoïste, il est quasi impossible d’en revenir.
Et je mets le « quasi » par respect envers ma formation catholique. Car j’ai du mal à y croire : pour avoir des remords, il faudrait avoir une conscience.

Pour vouloir changer, il faudrait se voir défaillant, ce que l’égo hypertrophié interdit.
Privés de cœur, ces personnes sont limités à la seule jouissance du pouvoir, au seul plaisir de se voir comme le roi de la savane (et je les vois toujours autrement…).
Pourquoi décider de lâcher tout ça ? Pour nos souffrances, nos doutes et nos scrupules ?

Parmi toutes les histoires qu’on nous vend sur grand écran ou petite page blanche, ce qui m’irrite le plus, je dois l’avouer, c’est le bouquin romantique où l’héroïne tombe amoureuse d’un bad boy et arrive, en l’arrosant de suffisamment d’amour, à le faire changer. Car c’est entériner, à mes yeux, une arnaque qui va piéger des millions de gens dans des histoires sentimentales toxiques. Encore et encore.
Avec au cœur, l’illusion pernicieuse que la faute te revient à toi, l’empathique du couple : pas assez d’eau, jamais assez d’engrais.
Les torts sont toujours partagés dans un couple, peut-on lire ici et là. Foutaises. Quand l’un des deux ne songe qu’à prendre, mentir et arnaquer, l’autre est en situation constante de légitime défense.

À contrario, en corollaire de toute cette niaiserie « bien intentionnée », il y a souvent le conseil donné aux empathiques ne pas se battre.
De ne s’armer que de compréhension, de patience et de douceur. De tendre la joue gauche.
Facilitant au passage la victoire des manipulateurs : quand ils arrivent sur le champ de bataille avec des mitraillettes, on nous conseille d’y aller avec des fleurs.
Alors que Jésus a dit aussi qu’il était venu apporter l’épée. J’imagine que tout dépend des circonstances.

Et du coup, je m’interroge…

Un grand nombre de créateurs d’histoires, cinéma ou livres, vont sans doute créer un scénario dans le seul objectif de plaire : les empathiques aiment pleurer dans les chaumières et on est encore, dans beaucoup de pays, une majorité.
Mais est-ce que certains artistes ne le feraient pas de façon délibérée ?
Pour nous vendre un univers naïf par devant et nous – hum… – taper par derrière ?

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