Coups de corne et coups de moooouhh

tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents manipulateurs

23 novembre 2017

Et en dépit du fait que je n’ai pas pu résister à l’appât du titre, je n’ai pas l’intention de tailler ici un costard à ma parentèle.
Mais bon, c’est pourtant vrai, deuxième coming-out de la saison, j’ai un parent manipulateur pervers (et ce n’est pas celui auquel on penserait, à première vue) qui ferait virer au violet le compteur Geiger d’un expert.
Et si le sujet t’intéresse, je te recommande l’excellent livre « Les manipulateurs et l’amour ».

J’ai moi aussi écrit un bouquin sur le sujet mais je compte pour l’instant en réserver la lecture à mes enfants quand il seront plus grands.
C’est un mélange de contes de fées et d’autobiographie.
Le grand avantage du conte de fées, c’est que ça peut être lu par des petits en attendant de leur dévoiler la vérité sur votre passé. Ce qui me permet à moi de marcher en équilibre sur le fil tendu entre transparence (car on dit aussi que les secrets de famille sont destructeurs si j’en crois cette fois-ci Serge Tisseron) et révélations traumatisantes à l’âge tendre.
Et si l’on admet que la notion de belle-mère a été placée là pour faire joli et rentre le truc plus comestible (merci Bruno Bettelheim), le conte pour petits est tout de même capable de raconter l’histoire d’un parent qui demande au chasseur de trucider son enfant dans la forêt (Blanche-Neige), ou de simplement l’y perdre, plus hypocrite, moins salissant (Petit Poucet). De vous narrer le récit d’un père qui voudrait bien se taper sa fille (Peau d’Âne), d’un parent qui se sert de sa fille comme d’une esclave (Cendrillon) ou d’un autre qui l’enferme dans une tour à la campagne en la privant de coiffeur (Raiponce).
J’en passe et des meilleures : pour moi, c’est clair, nos ancêtres les plus sages ont inventé le conte de fée pour mieux nous éveiller aux dangers de la famille.

L’avantage, quand on a survécu avantageusement à une famille psychologiquement complexe (je cultive l’art de l’euphémisme), c’est que ça vous arme pour un monde moderne assez joyeusement névrosé.

Car cette éducation de premier choix (merci papa, merci maman) me permet notamment de repérer l’escroc, l’affabulateur et le manipulateur avec une assez bonne précision (l’erreur est toujours possible, ne nous vantons pas).
Et dans ce monde où politiciens et gourous de tout poil semblent monter en puissance, laissez moi vous donner ici un indice de poids : le manipulateur va se servir de vos émotions.

Certains d’entre eux vont se servir des bonnes émotions, de votre amour, de votre compassion ou de votre conscience.
Ils vont aller chercher ce petit interrupteur secret qui vous donnera envie de tout lui donner, cœur, bulletin de vote ou confiance, avec en prime, des larmes de reconnaissance.
Car oui, un manipulateur est un grand séducteur quand il le considère nécessaire, mais ne vous y trompez pas car « c’est pour mieux pour croquer, mon enfant » !

D’autres manipulateurs vont cibler tout particulièrement votre foi ou de vos aspirations spirituelles pour, à partir d’un petit point en commun très simple et d’apparence sans gravité, vous faire avaler les croyances les plus abracadabrantesques avant de finir par vous faire croire n’importe quoi. C’est tellement progressif, ami homard, qu’on ne se rend presque pas compte du processus de la cuisson. Et plus on gobe de boniments, plus ils deviennent gros, moins on peut s’en empêcher : sinon, ce serait renier tout ce qu’on a déjà accepté comme croyances, et donc comme partie intime de ce qui en est venu à nous constituer.
Ce en quoi tu crois, c’est en grande partie ce qui fait que tu es toi ! Pour l’escroc, c’est du bonus et que du bonheur : on est alors passé au stade de devenir complice dans notre propre enfumage. Le renier reviendrait à admettre que jusque-là (et parfois la barre est haute) on s’est complètement planté.

Enfin, certains manipulateurs vont se servir de vos émotions négatives, de vos peurs, de votre désespoir et de votre colère.
Puissants moteurs que ceux-là. La haine, par exemple, déchaîne les foules et les rend capables de réellement n’importe quoi. Agir en groupe semble annihiler toute responsabilité individuelle d’un bon nombre de gens et c’est commode pour qui voit les choses en grand…

Un  bon manipulateur se servira souvent, en fonction de ses objectifs, d’un savant dosage de ces toutes ces émotions à la fois.
Car un manipulateur, c’est en fait le metteur en scène d’une pièce dont lui seul connaît le script et dont vous n’avez même pas été averti que vous y êtes acteur.
À votre insu, il va vous disséquer, vous comprendre, vous cerner et appuyer ensuite à l’envie sur les boutons émotionnels qui répondent au besoin du moment. Il a besoin d’un méchant pour sa scène ? Il aura pris soin de savoir ce qui vous met en colère, et hop… Il veut se faire passer pour un chevalier blanc ? Il va réveiller vos peurs et zou…
Le manipulateur vit sur scène quasiment en permanence et le bonus dans tout cela, c’est que s’il n’a pas besoin de ressentir de vraies émotions – du reste, il ne saurait pas comment faire -, en revanche, il adore l’attention qu’on lui porte.

Ce n’est donc pas un hasard si on le retrouve à foison à mesure qu’on monte dans le « haut du pavé » en politique, en business, en marketing, en communication…
Il a les qualités requises : il est intelligent, ambitieux, sait se vendre, se mettre en valeur et se faire aimer, a le sens du spectacle, n’a aucun scrupule, sait manier son prochain et lui faire prendre des vessies pour des lanternes. Et il sait prendre ce qu’on appelle dans notre monde moderne « des décisions difficiles » et qui se résume souvent à ne pas être embarrassé par la pitié ou l’empathie.
Car pour lui, la vie se résume à son seul intérêt : les émotions, c’est vous qui les avez, il se contente d’en jouer.

Il y a de plus en plus de manipulateurs visibles dans notre monde, depuis quelque temps : ils sortent du bois qu’on les en ait poussés ou pas.
Et une première réponse à leurs attaques, si j’en crois mon expérience, c’est d’être lucide et de ne pas se laisser manipuler par eux sur ce terrain des émotions.
La force soit avec nous !

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